Les différentes conditions

Les conditions d’entrée

Presque toutes ces formations présentent un numerus clausus, ce qui explique le nombre réduit des postes par rapport aux candidats (et non aux emplois offerts à leur issue) et donc la forte, quoique inégale, sélection. Les conditions d’entrée sont particulières à chaque formation, mais certains aspects en sont communs. Après une épreuve écrite d’admissibilité, l’épreuve définitive d’admission est composée d’un oral.

Néanmoins, ce n’est pas général ; ainsi, l’examen d’entrée pour une formation de kinésithérapeute n’est composé que d’un écrit. Si les épreuves sont courtes (trois heures au total pour les trois), elles sont d’un niveau assez difficile (physique, biologie et chimie, programme de terminale S) que renforce l’extrême sélectivité du concours : il n’y a qu’un vingtième de réussites. Celui de psychomotricien combine deux écrits de deux heures : un de biologie (programme de première et terminale S option biologie) et un de français (exercice de contraction de texte type baccalauréat). L’examen d’ergothérapeute comporte au choix une de ces deux épreuves (même niveau) et des tests psychotechniques. Éventuellement, surtout pour les psychomotriciens, un entretien peut avoir lieu.

Pour toutes ces sélections, les épreuves écrites sont avant tout de connaissances. Parmi celles-ci, des questions à choix multiples qui ne présentent d’autre intérêt que la facilité de la correction, mais parfois des questions permettant une réflexion. L’épreuve orale, le plus souvent sous forme d’entretien avec un jury, permet à celui-ci de cerner les motivations du candidat, ses capacités de synthèse et d’analyse. Les candidats arrivent parfois assez angoissés à ces épreuves, persuadés que le jury ne cherchera qu’à les « coincer ». Ils ont tort : une personnalité ouverte, réfléchie et posée, capable de faire preuve d’une certaine maturité, correspond au profil recherché. Ce sont des futurs collègues qui sont ainsi sélectionnés par des examinateurs qui se sont trouvés quelques années plus tôt dans cette situation.

Il faut souligner la place de la promotion professionnelle par le suivi de formations tout au long de la carrière. Le parcours qui mène de l’ASH à l’aide-soignant, de l’aide-soignant à l’infirmier, puis à une spécialisation n’est pas rare. Relevant d’une démarche différente, mais prenant en compte la formation antérieure et l’exercice professionnel, des passerelles sont lancées entre les diverses professions paramédicales. Ainsi, les infirmières DE, les psychomotriciens, les sages-femmes, les « manips radio » sont autorisés à se présenter au concours de fin de première année de kinésithérapie et peuvent tenter d’intégrer cette formation en deuxième année.

La préparation à ces différents concours est organisée par des instituts privés d’une qualité assez inégale, qui permettent en une année de revoir les programmes et d’acquérir une rigueur à laquelle prépare mal l’enseignement secondaire. Cela se fait aussi au sein des universités. Ainsi, à Paris-XIII, où un DEUG soins destiné d’abord aux gestionnaires des hôpitaux permet aux étudiants de se présenter dans de bonnes conditions. A l’université de Pau, un DU (diplôme universitaire) associe à la formation générale les matières exigées par ces concours. D’autres universités, notamment parisiennes, présentent des préparations selon des modalités diverses.

Le contenu des études

Les enseignements théoriques sont le plus souvent organisés sous forme de modules, correspondant à une partie du programme. L’ensemble des modules d’une année doit être validé (par un contrôle continu ou un examen terminal) pour le passage en année supérieure. Les stages sur le terrain, encadrés par des professionnels et sous la responsabilité d’un cadre, occupent environ la moitié des études. Les notes obtenues lors de ces stages comptent pour beaucoup dans le cursus des étudiants. Mis rapidement par ces stages en situation professionnelle, les étudiants doivent s’adapter, s’intégrer aux équipes, en changer souvent. La qualité de l’accueil et de la formation dispensée lors des stages dépend de l’équipe et du cadre. Très vite, trop vite lorsque certains trouvent là un remède au manque de personnel, les stagiaires sont considérés par les professionnels comme des collègues et leur travail est intégré dans le planning informel. Il est vrai qu’une élève-infirmière de troisième année ou une élève sage-femme de quatrième année ont beaucoup des compétences des diplômées.

Dans toutes ces formations, la préparation d’un mémoire rédigé à l’occasion de la dernière année d’études est sanctionnée par une note prise en compte pour l’obtention du diplôme. Chef-d’œuvre de l’apprenti, il doit concilier connaissances et réflexion théorique confrontées à une observation et comporter des éléments de nature à expliciter une pratique professionnelle. Ils sont significatifs de l’identité professionnelle en gestation de jeunes travailleurs. L’évaluation comporte des examens permettant de déterminer le passage d’une année à l’autre et un contrôle continu. Des épreuves pratiques ont lieu in situ, pendant les stages. Si elles sont aujourd’hui décriées par les étudiants déplorant leur aspect formaliste (et, comme tous les étudiants, quelque peu réfractaires à toute forme d’évaluation), ces épreuves constituent un des acquis de mai 1968 et se sont imposées à un moment où seul l’aspect théorique était pris en compte.

Les cours, en partie magistraux et assurés par des médecins (dont certains hospitalo-universitaires), doivent permettre aux futurs professionnels de maîtriser les différents aspects de l’anatomie, de la physiologie, de la pathologie. Une part de plus en plus importante est assurée au droit, à la psychologie et aux sciences sociales, ce qui devrait permettre aux étudiants d’exercer une réflexion sur leur pratique. D’autres spécialistes (psychologues, sociologues, juristes, etc.) interviennent, mais une partie des cours, et notamment les travaux pratiques et dirigés, sont assurés par des moniteurs et monitrices polyvalents. Le niveau et la qualité de ces formations ont sensiblement augmenté lors du dernier demi-siècle, tout autant par une amélioration générale du niveau scolaire de la population que par les nécessités d’un exercice hospitalier demandant de plus en plus de connaissances et de rigueur. Dans les années soixante-dix, les monitrices d’écoles d’infirmières, recrutées une vingtaine d’années plus tôt à un niveau bien moindre, tentaient d’encadrer des élèves d’un niveau scolaire et culturel souvent bien supérieur. Dans le contexte de remise en question de l’après-1968, ce n’était pas de tout repos.